Soirée de discussion – Le logement social : un incontournable à la lutte à la pauvreté


Le 2 février dernier le ROJEP a organisé sa première soirée de discussion dont l’objectif n’était pas de prendre position pour les bons ou mauvais propriétaires et locataires mais de nous éclairer sur l’importance de l’accès à un toit pour se loger, des impacts sur les autres aspects de la vie.

Exemple : vous êtes une femme monoparentale, c’est le jour où le propriétaire passe pour le loyer, vous n’avez que 50$ de plus que le coût du loyer : je négocie de ne pas payer la totalité avec une promesse de payer le solde dans une semaine car je dois faire l’épicerie ou je paie le loyer et ferai l’épicerie avec 50$ ? Quelle qualité de vie quand, particulièrement en temps de pandémie, ton salon sert de salle de jeu, d’écoute de la TV, de pliage du linge, de lieu pour décompresser… car ta cour, c’est le parc… accessible par beau temps entre 5h et 20h!

Nous vous partageons quelques données qui ont permis d’articuler la présentation lors de cette soirée.

  • Le Logement social

1- Définition et concepts :

· L’ONU reconnait le droit au logement « comme le lieu où l’on puisse vivre en sécurité dans la paix et la dignité, sans discrimination et sans obstacles, en y consacrant une part de son revenu qui ne menace ni ne compromette la satisfaction d’autres besoins fondamentaux ».

D’ailleurs, en le gouvernement fédéral s’est inspiré de cette définition au moment de nous proposer le MPC (Mesure du Panier de Consommation) comme indicateur de pauvreté : qui a remplacé à toute fin pratique l’indice du seuil de pauvreté.

· Qu’est-ce que le logement social ?

– Un logement social est un logement à but non lucratif, dont le prix du loyer est établi en fonction des revenus de ses occupants et non du marché. Il est destiné aux personnes ayant des revenus faibles ou modestes.

– On trouve au Québec trois grands modèles de logement sociaux:

1- les habitations à loyer modique (HLM)

2- les coopératives d’habitation (coops)

3- les habitations gérées par des organismes sans but lucratif (OSBL d’habitation).

  • Pourquoi est-ce difficile de se loger ?

· Le financement partagé : fédéral/provincial auquel s’ajoute les intervenants municipaux (plan d’aménagement urbain et la réglementation municipale) = programme complexe avec énormément de délais (Accès-Logis) Allocation-logement Québec (chèque envoyé pour payer une partie du loyer)

· La spéculation immobilière : la sur enchère des promoteurs de condos = » l’accès à des terrains à prix permettant la construction de logements sociaux la Ville de Montréal

– Les villes retirent davantage de revenus de taxe, plus le bâtiment construit a de la valeur, plus les revenus de taxes foncières sont élevés

– Dans un logement social pour itinérant au Centre-Ville

11/2 = 225 000$

Aussi en 2009, l’Arrondissement Ville-Marie spécifiait dans son plan d’urbanisme qu’un condo de 145 000$ serait considéré comme du logement abordable! Ce qui permettait d’atteindre la cible de 15% de logements abordables.

  • · Le logement perçu comme un actif à haut rendement :

100 000$ placé à la banque / OÉC pendant 10 ans : ± 3%/an = 134 670$, gain de ± 34 500$

Selon les données disponibles, un investissement immobilier de 100 000 $ double généralement sur 10 ans!

· Le phénomène de la « réno-viction » : après rénovation le loyer augmente de tel sorte que le locataire n’a d’autre choix que de quitter…

· RBDN : pas de bail, revenus plus élevé avec moins de jour d’occupation… plus de 3000 logements retirés du parc immobilier depuis 5 ans

· Hors normes : Familles nombreuses (au moins 3 chambres à coucher), personnes ayant un handicap, immigrants… toutes sortes de tactiques : preuves de revenus, « vous êtes en 2e place, si l’autre se désiste, je vous rappelle… visite limitée

2- Pourquoi le logement doit-on le considérer comme incompressible

MPC (Mesure du Panier de Consommation) qui a remplacé, au fédéral, le seuil de pauvreté: Par exemple, pour 2018, le montant nécessaire à la couverture des besoins de base à Montréal est passé de 17 820 $ à 20 080 $ pour une personne seule et de 35 640 $ à 40 160 $ pour une famille de quatre

personnes. L’augmentation s’explique en bonne partie par une nouvelle façon d’évaluer les coûts liés au logement.

Pour 2021, le montant de la MPC est de 20 800 $ pour une personne seule.

Les éléments considérés pour la mesure du panier sont répartis en 5 catégories :

· Nourriture (Alimentation) – épicerie et repas au restaurant

· Logement – loyer / coûts hypothécaires, assurance habitation, réparations et entretien, impôt foncier et services publics

· Vêtements, chaussures, bijoux et nettoyage à sec

· Transports – transport collectif / véhicules, essence, assurance auto, réparations et entretien

· Autres : Dépenses ménagères – téléphone, Internet, services de garde et produits de nettoyage / Meubles et électroménagers / Soins de santé et soins personnels – médicaments sur ordonnance, soins dentaires, soins de la vue, coiffeur et produits de soins personnels / Sports, voyages, formation et loisirs / Alcool, produits du tabac et cannabis récréatif

Pour les personnes dont les revenus sont modestes, parmi les dépenses présentées dans les 5 catégories, la majeure partie peuvent être compressées ou retardées sauf le paiement du loyer. Certes certains propriétaires sont ouverts à des paiement retardés mais sur une base régulière.

Tout indicateur a ses limites, le MPC n’y échappe pas. Quelles sont les distorsions ou considérations dont on devrait tenir compte ?

– Rural / Urbain

– Accès au transport en commun

– Mono industriel / économie diversifiée

– Grandes métropoles-Villes / région éloignée

– Concentration de population

– Accès aux services (Santé, éducation)

– S’alimenter : commerces et organismes

Répondre à ses besoins de base et sortir de la pauvreté s’équivaut-il ? Pas selon le Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion (CÉPE) mis en place au Québec pour équiper en données le suivi de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. En 2009, celui-ci a évalué que si la MPC permettait un suivi de la couverture des besoins de base, elle ne permettait pas de mesurer la sortie de la pauvreté selon la définition de la pauvreté donnée dans la loi québécoise.

Quelques données illustrent bien le défi de vivre dans la dignité à Montréal :

· Montréal, le taux d’insécurité alimentaire au début de la pandémie : 13,6%, mais près de 30% des logements = problématique d’insalubrité à Montréal

· Entre 2005 et 2015 : les loyers augmentation de 27%, les revenus par ménages : augmentation de 8,9%

· Lorsque le loyer n’est plus un enjeu source de stress : les gens se cherchent un travail. Ainsi ces personnes deviennent moins dépendantes aux revenus de l’État et cela est valirisant.

3 projets pilote de mise en place d’un Revenu Minimum Garanti a confirmé que c’est un préjugé que de penser que le RMG encourage la paresse. Ce qui se dégage c’est qu’avec un esprit libre, un climat de vie plus serein, amène la personne à se chercher un emploi et non à rester à ne rien faire pour gagner sa vie et améliorer sa situation.

· L’ordre des questions en début de mois :

1- Comment je vais faire pour payer mon loyer ?

2- Combien il me reste pour manger ?

3- Qu’elles sont les autres dépenses urgentes ? carte de Métro, téléphones, dentistes, lunettes, souliers… payer sa carte de crédit!

4- Si je n’ai pas de pépins (bris d’électroménager, lunettes… Qu’est-ce que je peux me permettre comme « petit bonheur » / extra?

Quelques données illustrent bien les limites du MPC:

 

 

 

 

 

 

–  Aujourd’hui, 40% des locataires utilisent au moins 30 % de ses revenus pour se loger

–  19% des locataires utilisent au moins 50 % de ses revenus pour se loger

  • MPC en 2018

1 personne 4 personnes

Nourriture 480$ 950$

Vêtement 80$ 160$

Logement 380$ 750$

Transport 120$ 240$

Autres 420$ 840$

Total 1 480$ /mois 17 760$ / an 2 940$ /mois 35 280$ / an

– Catégories faisant face à diverses formes de discrimination quand vient le temps de se chercher un loyer : Femmes monoparentales + minorités visibles + personnes seules, ce qui constitue la majorité des locataires.

En terminant, quelques éléments en lien avec notre foi (non abordé lors du 2 février):

Deux textes qui viennent, selon moi, mettre les bases de notre engagement afin de doter toutes personnes d’un toit où il fait bon vivre et s’épanouir.

– Le premier nous rappelle que comme Caïn, on est tous et toutes co-responsable de son frère, de sa sœur…

Genèse 4, 9-10

09 Le Seigneur dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Caïn répondit : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? »

10 Le Seigneur reprit : « Qu’as-tu fait ?

– Le deuxième, nous sommes invités à être des personnes solidaires des gens au prise avec de lourds défis…

Mathieu 25, 40

40 Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”

Quelques sites, textes, et organismes impliqués dans la question du logement :

– Coalition La Main Rouge : Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services, info@nonauxhausses.org

· Pétition : renforçons notre filet social (filetsocial.ca)

· Un budget pour une justice sociale

*RCLALQ : rclalq.qc.ca/publications/enquete-flambee-des-loyers

Nous luttons pour l’avancement des droits des locataires par la mobilisation sociale, l’éducation populaire et la représentation.

· Rapports de la SCHL : Les loyers explosent et la crise du logement persiste selon le RCLALQ, 28 janvier 2021 · Publication des indices d’augmentation de loyer: Le RCLALQ réclame un gel des loyers, 20 janvier 2021 · Pour lutter contre la discrimination en logement, des gestes plus concrets sont nécessaires, 14 décembre 2021

*FRAPRU : Front d’action populaire en réaménagement urbain, https://www.frapru.qc.ca/

· Le FRAPRU lance une opération de visibilité: la crise du logement doit être une priorité budgétaire! 24 janvier 2021

· La pénurie de logements se poursuit au Québec 28 janvier 2021

· Logement social : les appels pour un plan d’investissement ambitieux dans le prochain budget se multiplient 19 février 2021

· Étude de l’IRIS : Le revenu viable 2019 et les situations de pauvreté ·

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/75f0002m/75f0002m2019013-fra.htm

· https://www.pauvrete.qc.ca/document/la-mesure-du-panier-de-consommation-et-les-seuils-de-faible-revenu/

· https://www1.otstcfq.org/l-ordre/evenements-et-campagnes/le-travail-social-dans-tous-ses-etats/pauvrete-inegalites-exclusion-sociale-et-travail-social

· https://www.led

 

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